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United Nations Commission on Human Rights
Sub-Commission on the Promotion and Protection of Human Rights
Working Group on Contemporary Forms of Slavery
27th Session

 
 
Geneva, 27-31 May 2002

Enfants Domestiques : Exploitation économique et Exploitation sexuelle

Je suis heureux de me joindre à vous dans le cadre de la rencontre du Groupe de Travail, afin de vous faire mes réflexions sur l'importante question des «enfants domestiques et leur exploitation sexuelle», cette situation a en effet de très graves conséquences sur l'avenir des enfants de tout le continent Africain.

En conséquence, dans le cadre d'un programme sous régional qui couvre six pays (Bénin, Burkina Faso, Bénin, Niger, Ghana et Togo), des recherches récentes menées par Anti - Slavery en collaboration avec la WAO - Afrique, au Burkina Faso, au Ghana et au Niger ont révélé qu'il existe une structure cachée et vraisemblablement en évolution: l'exploitation des enfants comme travailleurs domestiques à travers ces pays. La majorité de ces enfants qui sont quotidiennement déplacés clandestinement de part et d'autre des frontières pour le travail domestique où ils subissent, l'exploitation sexuelle et aussi pour le mariage précoce ou forcé.

Ces dix dernières années, le Trafic des Enfants est apparu comme un phénomène régional, facilité par la pauvreté, et les coutumes traditionnelles néfastes, la perméabilité des frontières et la passivité de nos gouvernants face au phénomène. Les enfants sont devenus des marchandises dans une activité transnationale lucrative et s'exerce pour la plupart du temps en toute impunité.

Beaucoup d'études ou enquêtes réalisées dans la sous région ont glosé sur les facteurs qui favorisent ou rendent les enfants vulnérables au trafic et à l'exploitaion sexuelle. Permetez-moi d'évoquer un cas dont on parle le moins dans la sous région mais qui est pernicieux de par sa pratique.

Dans certains pays, comme le Ghana, le Togo et le Nigéria, l'exploitation ou l'esclavage de l'enfant est plus ou moins déguisé à travers une pratique réligieuse. Dans ces pays, les fillettes ayant en général moins de 12 ans sont données aux sanctuaires fétiches locaux pour réparer une offense commise par un membre masculin de leur famille, dans le cadre de cette pratique traditionnelle appelée "TROKOSSI''. La fillette donnée devient la propriété du prêtre au fétiche et qui non seulement lui accorde des faveurs sexuelles mais également travaille pour lui comme domestique. Malgré la criminalisation de cette pratique, on estime qu'il subsiste encore des milliers de fillettes liées à divers sanctuaires du fait de cette pratique.

Nous savons à quel point votre Groupe de Travail a fait de la Lutte contre les Formes Contemporaines d'Esclavage un principe cardinal de son existence. C'est un principe auquel nous sommes également très attachés au côté de notre partenaire Anti-Slavery. Le danger auquel plus de la moitié de ces enfants domestiques font face est la violence physique de la part de leurs employeurs, y compris le personnel de maison : chauffeurs, blanchisseurs, cuisinier et quelquefois les enfants de l'employeur. Il y a de nombreux témoignages terrifiants émanant des filles domestiques qui ont été battues, brûlées, enchainées parce qu'elles ont refusé de céder aux avances.

Celles qui cèdent par peur ne sont pas en position de réclamer l'usage de préservatifs. De surcroit, un grand nombre n'ont jamais reçu d'information sur les rapports sexuels protégés d'où très souvent des grossesses non désirées ou l'infection du VIH / SIDA.

De nombreuses actions sont menées dans la sous-région pour apporter des réponses à ces phénomènes.

Il s'agit:

- des études réalisées par l'UNICEF, le BIT, les ONG et des instituts de recherches;
- des campagnes d'information et de sensibilisation;
- des rencontres régionales et sous régionales sur le phénomène;
- des actions de réhabilitation des enfants victimes ainsi que leur parent;
- la ratification de diverses conventions dont essentiellement la Convention relative aux Droits des Enfants (CDE), la Convention N° 138 et 182 du BIT;
- La Convention suppléméntaire de 1956 sur les Formes Comptemporaines d'Esclavage.

Malgré toutes ces actions, tous les problèmes créés par ces phénomènes ne sont plus réglés:

- Les instruments juridiques nationaux et internationaux adoptés ou ratifiés par nos états relatifs au Travail des Enfants et l'Exploitation Sexuelle ne sont pas appliqués;
- La prise en charge psychologique et matériel des enfants victimes n'est pas notamment assurée;
- La prise de conscience des populations sur les conséquences et les dangers du phénomène n'est pas effective.


Face à cette situation, il importe d'adopter de nouvelles stratégies et pour y parvenir :

  1. Faire de l'application effective des lois une réalité quotidienne et non un slogan publicitaire.

    C'est à dire que nos états doivent tout mettre en œuvre pour dépasser les diverses déclarations d'intention et les fréquentes proclamations de foi pour veiller à ce que les lois voulues soient adoptées au niveau des états afin de donner force et effet aux divers instruments nationaux, régionaux et internationaux.

  2. Inventer des mesures correctives, novatrices et réalisables.

    La protection des enfants victimes de diverses formes d'exploitation suppose à la fois des lois appropriées, la mise en place de systèmes éducatifs pertinents et efficaces, la création de centre de réadaptation en partenariat avec les gouvernements et la société civile pour soustraire les enfants en situation difficile.

  3. Favoriser la création de structures nationales qui intègrent le développement axé sur les enfants par la mise en œuvre d'une nouvelle stratégie politique qui accorde la priorité à la prévention, à l'éducation obligaoire, gratuite et de qualité pour les enfants en Afrique de l'Ouest.

  4. La WAO-Afrique en collaboration avec Anti-Slavery et d'autres partenaires devront plaider auprès du Groupe de Travail pour que l'allègement de la dette se traduise par une volonté nationale et régionale pour développer des programmes de lutte contre la pauvreté, le trafic, l'exploitation sexuelle et le travail des enfants.

Avant de terminer, permettez-moi, Monsieur le Président de vous poser et à tous les membres du Groupe de Travail cette question qui mérite une réflexion.

Comment la présente session peut-elle convaincre les pays de l'Afrique de l'Ouest et du Centre pour qu'elle façonne l'histoire, plutôt que de la répeter?

Comment pouvez-vous veiller à ce que les résultats de cette présente session ne soient pas oubliés parmi tant d'autres déclarations et recommandations qui ne sont jamais suivis d'actions.
Cette session devrait être le souvenir d'une rencontre novatrice pour la mise en œuvre des engagements pris!


Je vous remercie de votre attention