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Je suis heureux de me joindre à vous dans le cadre de la
rencontre du Groupe de Travail, afin de vous faire mes réflexions
sur l'importante question des «enfants domestiques et leur
exploitation sexuelle», cette situation a en effet de très
graves conséquences sur l'avenir des enfants de tout le continent
Africain.
En conséquence, dans le cadre d'un programme sous régional
qui couvre six pays (Bénin, Burkina Faso, Bénin, Niger,
Ghana et Togo), des recherches récentes menées par
Anti - Slavery en collaboration avec la WAO - Afrique, au Burkina
Faso, au Ghana et au Niger ont révélé qu'il
existe une structure cachée et vraisemblablement en évolution:
l'exploitation des enfants comme travailleurs domestiques à
travers ces pays. La majorité de ces enfants qui sont quotidiennement
déplacés clandestinement de part et d'autre des frontières
pour le travail domestique où ils subissent, l'exploitation
sexuelle et aussi pour le mariage précoce ou forcé.
Ces dix dernières années, le Trafic des Enfants est
apparu comme un phénomène régional, facilité
par la pauvreté, et les coutumes traditionnelles néfastes,
la perméabilité des frontières et la passivité
de nos gouvernants face au phénomène. Les enfants
sont devenus des marchandises dans une activité transnationale
lucrative et s'exerce pour la plupart du temps en toute impunité.
Beaucoup d'études ou enquêtes réalisées
dans la sous région ont glosé sur les facteurs qui
favorisent ou rendent les enfants vulnérables au trafic et
à l'exploitaion sexuelle. Permetez-moi d'évoquer un
cas dont on parle le moins dans la sous région mais qui est
pernicieux de par sa pratique.
Dans certains pays, comme le Ghana, le Togo et le Nigéria,
l'exploitation ou l'esclavage de l'enfant est plus ou moins déguisé
à travers une pratique réligieuse. Dans ces pays,
les fillettes ayant en général moins de 12 ans sont
données aux sanctuaires fétiches locaux pour réparer
une offense commise par un membre masculin de leur famille, dans
le cadre de cette pratique traditionnelle appelée "TROKOSSI''.
La fillette donnée devient la propriété du
prêtre au fétiche et qui non seulement lui accorde
des faveurs sexuelles mais également travaille pour lui comme
domestique. Malgré la criminalisation de cette pratique,
on estime qu'il subsiste encore des milliers de fillettes liées
à divers sanctuaires du fait de cette pratique.
Nous savons à quel point votre Groupe de Travail a fait
de la Lutte contre les Formes Contemporaines d'Esclavage un principe
cardinal de son existence. C'est un principe auquel nous sommes
également très attachés au côté
de notre partenaire Anti-Slavery. Le danger auquel plus de la moitié
de ces enfants domestiques font face est la violence physique de
la part de leurs employeurs, y compris le personnel de maison :
chauffeurs, blanchisseurs, cuisinier et quelquefois les enfants
de l'employeur. Il y a de nombreux témoignages terrifiants
émanant des filles domestiques qui ont été
battues, brûlées, enchainées parce qu'elles
ont refusé de céder aux avances.
Celles qui cèdent par peur ne sont pas en position de réclamer
l'usage de préservatifs. De surcroit, un grand nombre n'ont
jamais reçu d'information sur les rapports sexuels protégés
d'où très souvent des grossesses non désirées
ou l'infection du VIH / SIDA.
De nombreuses actions sont menées dans la sous-région
pour apporter des réponses à ces phénomènes.
Il s'agit:
- des études réalisées par l'UNICEF, le BIT,
les ONG et des instituts de recherches;
- des campagnes d'information et de sensibilisation;
- des rencontres régionales et sous régionales sur
le phénomène;
- des actions de réhabilitation des enfants victimes ainsi
que leur parent;
- la ratification de diverses conventions dont essentiellement la
Convention relative aux Droits des Enfants (CDE), la Convention
N° 138 et 182 du BIT;
- La Convention suppléméntaire de 1956 sur les Formes
Comptemporaines d'Esclavage.
Malgré toutes ces actions, tous les problèmes créés
par ces phénomènes ne sont plus réglés:
- Les instruments juridiques nationaux et internationaux adoptés
ou ratifiés par nos états relatifs au Travail des
Enfants et l'Exploitation Sexuelle ne sont pas appliqués;
- La prise en charge psychologique et matériel des enfants
victimes n'est pas notamment assurée;
- La prise de conscience des populations sur les conséquences
et les dangers du phénomène n'est pas effective.
Face à cette situation, il importe d'adopter de nouvelles
stratégies et pour y parvenir :
- Faire de l'application effective des lois une réalité
quotidienne et non un slogan publicitaire.
C'est à dire que nos états doivent tout mettre en
uvre pour dépasser les diverses déclarations
d'intention et les fréquentes proclamations de foi pour
veiller à ce que les lois voulues soient adoptées
au niveau des états afin de donner force et effet aux divers
instruments nationaux, régionaux et internationaux.
- Inventer des mesures correctives, novatrices et réalisables.
La protection des enfants victimes de diverses formes d'exploitation
suppose à la fois des lois appropriées, la mise
en place de systèmes éducatifs pertinents et efficaces,
la création de centre de réadaptation en partenariat
avec les gouvernements et la société civile pour
soustraire les enfants en situation difficile.
- Favoriser la création de structures nationales qui intègrent
le développement axé sur les enfants par la mise
en uvre d'une nouvelle stratégie politique qui accorde
la priorité à la prévention, à l'éducation
obligaoire, gratuite et de qualité pour les enfants en
Afrique de l'Ouest.
- La WAO-Afrique en collaboration avec Anti-Slavery et d'autres
partenaires devront plaider auprès du Groupe de Travail
pour que l'allègement de la dette se traduise par une volonté
nationale et régionale pour développer des programmes
de lutte contre la pauvreté, le trafic, l'exploitation
sexuelle et le travail des enfants.
Avant de terminer, permettez-moi, Monsieur le Président
de vous poser et à tous les membres du Groupe de Travail
cette question qui mérite une réflexion.
Comment la présente session peut-elle convaincre les pays
de l'Afrique de l'Ouest et du Centre pour qu'elle façonne
l'histoire, plutôt que de la répeter?
Comment pouvez-vous veiller à ce que les résultats
de cette présente session ne soient pas oubliés parmi
tant d'autres déclarations et recommandations qui ne sont
jamais suivis d'actions.
Cette session devrait être le souvenir d'une rencontre novatrice
pour la mise en uvre des engagements pris!
Je vous remercie de votre attention
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