Madame la Présidente du Conseil d'administration d'Anti-Slavery
International,
Mesdames et Messieurs les membres d'Anti-Slavery International,
Chers invités,
C'est pour moi, un insigne honneur de prendre la parole devant
cette auguste assemblée, au nom de l'Association Timidria
du Niger que j'ai l'honneur de représenter.
Qu'il me soit permis de vous remercier tous ici présents,
mais plus particulièrement, Anti-slavery International,
son Conseil d'Administration et le Jury de Sélection au
prix d'Anti-Slavery édition 2004, pour l'honneur qui est
fait à l'Association Timidria du Niger, en devenant le
récipiendaire de ce prestigieux prix.
Cette marque de sympathie va droit à mon cur, et
à travers moi, celui de tous les membres du Bureau Exécutif
National et les quelques 300 000 membres de l'Association Timidria.
Ce 14ème prix d'Anti-Slavery coïncide
avec la commémoration du 200ème anniversaire
de la première république noire d'Haïti, cette
année 2004 a été également proclamée
par l'Assemblée générale des Nations Unies
Année internationale de commémoration de la lutte
contre l'esclavage et de son abolition.
A travers ce prix, c'est l'ensemble des organisations nationales
de Défense des Droits de l'Homme et la société
civile du Niger qui sont honorés en général
et en particulier l'association Timidria.
L'Association Timidria, a été créée
en 1991 par un groupe de jeunes nigériens animés
par une même conviction et un même engagement : celui
de briser le silence qui entoure l'esclavage, les pratiques discriminatoires
et injustes faites à certains groupes sociaux au Niger.
Avant de vous présenter mon organisation, permettez-moi
de vous dresser le contexte socio-économique du Niger d'aujourd'hui,
mon pays.
Le Niger est un pays enclavé situé en Afrique de
l'Ouest. Sa population est estimée à environs 12
millions d'habitants. Il connaît un taux de croissance très
élevé. Elle est à dominance rurale - 82 per
cent de nigériens vivent en milieu rurale. Elle est inégalement
repartie sur le territoire national. Les principales ethnies qui
la composent sont : les Haoussa, les Touaregs, les Djerma, les
Peulh, les Kanouris, les Toubous, les Gourmantchés et les
Arabes.
Ex-colonie de l'Afrique Occidentale Française, le Niger
a obtenu son indépendance le 3 août 1960. Plusieurs
régimes politiques se sont succédés à
sa tête, chacun ayant pour pari le développement
économique et social du pays. Mais force est de constater
qu'en dépit de tous les efforts jusqu'ici déployés
par les uns et les autres, ce pari semble vain et les raisons
avancées pour expliquer ces échecs sont de plusieurs
ordres.
Au nombre de celles-là, les principales sont :
En terme de ressources, il faut souligner que le Niger est l'un
des pays le plus pauvre du monde. Il est classé avant dernier
selon le indice de développement humain (rapport de 2004).
Hormis les revenus tirés de l'exportation de l'uranium
(qui ont d'ailleurs fortement baissé ces dernières
années), l'économie nigérienne repose essentiellement
sur l'agriculture et l'élevage. Ces deux secteurs restent
également tributaires du cycle pluviométrique qui,
chaque année, laisse planer incertitudes et anxiété
en raison de sa non régularité. Phénomène
non maîtrisable, il est synonyme de sécheresse, ce
fléau tant redouté au Sahel.
Sur le plan Politique
Le Niger a connu une série des crises socio-politiques
au cours des 14 dernières années : Une conférence
nationale souveraine, quatre Républiques, deux coups d'Etat,
deux régimes militaires, deux rebellions armées
au Nord et à l'Est du pays.
Ces crises ont entraîné une instabilité politique
et institutionnelle qui n'était pas favorable au développement
et à l'émergence de la société civile
nigérienne. Elles ont en outre engendré des insuffisances
dans la mise en uvre des réformes structurelles et
des programmes de développement. Un tel environnement a
contribué à amplifier la paupérisation des
nigériens aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural.
Si l'expérimentation de la démocratie a engendré
des tensions politiques et sociales qui ont mis à rude
épreuve le développement du pays, elle a aussi positivement
permis l'éclosion de la société civile. Celle-ci
s'est insurgée non seulement contre certaines injustices
sociales mais s'est imposée également en partenaire
incontournable dans la gestion nationale. C'est le cas par exemple
de Timidria qui défend les droits humains et lutte contre
toutes les formes d'esclavage qui subsistent encore dans certaines
régions de notre pays
Présentation de Timidria
Mesdames et Messieurs,
L'Association Timidria née il y a 13 ans, elle a été
reconnue officiellement le 03 décembre 1991. Son siège
national est à Niamey.
C'est une Association de masse dont les membres se recrutent
parmi les cadres intellectuels convaincus de la justesse de sa
mission, les exclus, les demunis et les sans voix, ayant pour
ambition commune de voir la fin de toutes les injustices, à
l'égard de la personne humaine.
Timidria est présente dans tous les huit régions
du Niger avec huit Sections, 38 sous-sections et 636 bureaux locaux.
Sa mission est de : Lutter contre l'esclavage ainsi que
toutes les formes de discrimination au Niger.
Son objectif général est de : Contribuer
à la promotion et à la protection des droits humains
et au renforcement de l'Etat de droit au Niger à travers
les actions suivantes :
Un exemple est celui de Asibit de Tamaya-Abalak, qui a décidé
un matin de juillet 2004 de finir avec sa situation d'esclave
malgré qu'elle soit née esclave. Asibit est aujourd'hui
âgée de 50 ans. Elle est mère de quatre enfants
: trois garçons et une fille dont le deuxième et
la dernière sont le produit du viol, par son maître,
malgré qu'elle se dise mariée à un esclave
du même maître. Asibit avait décidé
de finir avec sa situation, après une dure nuit où
elle a été obligée par son maître de
servir de piquet à une tente sous laquelle dormaient ce
dernier et sa famille, sous des vents violents d'une pluie battante
du Sahel.
L'exemple de Boulboulou, cette jeune fille, arrachée à
l'affection de ses parents dès l'âge de quatre ans
en 1984, échangée contre quelques kilogrammes de
semoule, du thé et du sucre. Sont l'histoire a fait le
tour du monde grâce au documentaire français Maîtres
et Esclaves au Niger.
Boulboulou durant sa vie d'esclave, a connu toutes les souffrances
liées à un travail forcé. Son maître,
est propriétaire d'un important troupeau de chameaux. Boulboulou
a passé sa vie à garder, conduire, soigner et abreuver
un troupeau de chamaeaux sur des puits pastoraux de 80 à
100 mètres de profondeur.
A 16 ans, elle a été mariée de force. Elle
est restée comme avant son mariage sous la tente de son
maître comme esclave.
De ce mariage de Boulboulou est née une fille. Malgré
sa nouvelle situation de mère, Boulboulou n'est pas déchargée
d'aucune de ses tâches quotidiennes que sont les travaux
domestiques : le pillage du mil, la corvée d'eau sur des
longue distances, la corvée du bois de chauffe, la conduite
et l'abreuvage d'un important troupeau de chameaux.
Malheur à Boulboulou si par hasard, les jeunes camelins
echappent á sa vigilance. Ce jour là, Boulboulou
recevra toutes les insultes humiliations et même des coups.
Les malheurs de Boulboulou ne s'arrêtent pas là.
Sa fille, comme elle même, âgée à peine
de trois ans est arrachée et donnée comme cadeau
de mariage à la fille du maître. Dans ce désarroi,
d'une mère ayant perdu son enfant, d'une femme maltraitée
et traumatisée, elle se décida un jour de s'enfuir
en partant de cette maison pour chercher ses vrais parents.
Ainsi Boulboulou quitta à jamais le campement de son maître.
Boulboulou retrouve ses parents grâce à certains
vieux de la zone. Boulboulou est orientée vers la structure
de Timidria pour poser son cas et celui de sa fille. Grace a Timidria
Boulboulou retrouve sa fille qui maintenant va l'école
mission de Tahoua.
Boulboulou, s'est mariée à un homme qu'elle a choisit
et avec lequel elle a fait aujourd'hui 3 enfants. Elle mène
une vie d'une femme libre et heureuse.
Les maîtres maintiennent leurs emprises sur les esclaves
non seulement par la violence, et les abus mais par un endoctrinement
psychologiques. Le maître est l'éducateur de ses
esclaves. Il les maintient dans l'ignorance totale et les gardent
loin des centres urbains. Cet endoctrinement qui consiste à
séparer l'enfant de ses parents dès son bas âge,
pour le traumatiser afin qu'il se considère comme un être
inférieur, qui est né pour servir les autres et
accepter toutes sortes d'humiliations qu'on lui inflige. Un esclave
n'a pas de famille. Laissé dans l'obscurantisme totale,
on lui dit souvent que c'est Dieu qui l'a voulu ainsi afin de
cultiver le fatalisme en lui.
Il y a d'autre part une exclusion pernicieuse dont sont constamment
victimes les esclaves et leurs descendants. Partout où
ils sont, ils ne sont qu'un complément d'effectif dont
l'avis ne compte pas dans la gestion de la cité.
C'est l'exemple des habitants du village de Gounti Koira du canton
de Kouré situé à 40 km de Niamey la capitale
du Niger. Ils sont plus de 400 personnes, exclues de tout depuis
59 ans qu'existait ce village, parce que considérés
comme des esclaves. Ils n'ont jamais bénéficié
d'une seule action sociale de l'Etat. La première école
de ce village est créée par Timidria en 2003 - dans
le cadre d'un programme d'école communautaire que finance
Oxfam Grande Bretagne - et 70 élèves filles et garçons
ont été inscrits en première année.
Ce village, n'a jamais voté. Même les dernières
élections municipales tenues au Niger le 24 juillet 2004,
ce village tout entier n'a pas voté.
Le rôle que joue Timidria auprès des victimes
de l'esclavage
Les différents types d'assistance que Timidria apporte
aux victimes de l'esclavage sont de diverses natures.
Quand les bureaux locaux de Timidria accueillent les victimes
ayant fui leurs maîtres dans la plupart des cas, dans des
situations d'un total dénuement, c'est une campagne de
solidarité qui s'organise autour de ces dernières
pour leur apporter la première assistance matérielle
et morale. Elle se caractérise par des habillements, chaussures,
couchettes, soins médicaux et la nourriture.
Les autorités locales informées, n'apportent leur
concours que lorsque la victime a laissé dans sa fuite,
des enfants à bas âge ou un membre de sa famille.
Là, l'autorité locale instruit la gendarmerie pour
amener le ou les membres de famille restant et dans des rares
cas le maître.
Souvent, malgré les conseils de Timidria, pour que la victime
porte plainte contre son maître, et demander réparation
des préjudices subit , rares sont celles qui acceptent
de le faire. Pour la plupart leur seul idéal est d'être
libre et en sécurité contre l'esclavagiste. En conséquence
les plaintes portées devant les tribunaux sont rares.
Timidria reste le seul recours en relation avec ses partenaires
privilégiés pour subvenir aux besoins essentiels
de ces victimes.
En 2003 le parlement du Niger a adopté une loi qui criminalise
l'esclavage. L'élaboration de cette loi, découle
d'un long processus et de plusieurs étapes que l'Association
Timidria a suivi avec patience, abnégation et persévérance.
Timidria avait organisé une campagne de plaidoyer et de
lobbying auprès des partenaires nationaux, syndicats des
magistrats, Associations de défense des droits de l'Homme,
Autorités judiciaires, politiques et les parlementaires.
Toujours dans le cadre de la mise en évidence de la persistance
du phénomène de l'esclavage au Niger, Anti-Slavery
International avait financé une étude réalisée
en 2002 et dont les résultats ont été présentés
en mai 2003, sous le haut patronage du Ministre de la Justice,
représentant le Gouvernement du Niger et des représentants
d'Anti-Slavery International.
Nouvellement adoptée, elle n'a été publiée
qu'en avril 2004, elle est aujourd'hui en cours de vulgarisation
et popularisation auprès de toutes les couches sociales
et toutes les autorités de poursuites judiciaires de notre
pays.
Mesdames et Messieurs,
Si nous sommes ici aujourd'hui à l'occasion de la remise
du prestigieux Prix d'Anti-Slavery, c'est grâce au partenariat
sincère et à la coopération faite de confiance
mutuelle entre nos deux organisations.
Le partenariat a aboutie á la réalisation d'une
étude en 2002 relative aux aspects historiques, juridiques
et de dénombrement des victimes de l'esclavage au niveau
de 6 des 8 régions administratives du Niger.
Cette étude qui est une première au niveau de l'Afrique
de l'Ouest, a débouché sur l'édition d'un
livre en 2004, réalisé par deux chercheurs de grande
renommée.
Aujourd'hui, les défis qui nous attendent et que nous
devons relever avec l'Appui des partenaires et ONGs surs
du Nord consiste à assurer les infrastructures sociales
pour soutenir ces esclaves librerés soient mises en place.
L'étude que Timidria a effectuer a relever que il y a
au moins 870 000 personnes qui vivent en esclavage. Notre ambition
est de voir toutes ces personnes libérer. Actuellement
il n'y a pratiquement pas de structure d'accueille. ( point d'eau,
écoles, dispensaires, banque céréales). L'heure
est grave ! Dans les prochaines mois nous attendons la libération
de 7000 personnes par un Chef de groupement nomade d'In Atès
(Ayorou) dans la région de Tillaberi.
Dans un pays pauvre comme le Niger, que pouvons nous faire pour
soutenir ces populations ? Pour leurs assurer ne se reste que
le minimum pour survivre, nous avons besoins de vous, de votre
aide, et de votre soutient.